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L'objectif de l'Association franco-chinoise de développement commercial partagé est d'améliorer la compréhension réciproque entre Chinois et Français
et de favoriser la création de liens commerciaux durables entre les deux peuples.

Bilan de la visite d'Etat du Président Xi en France

                Le Président Xi Jinping a passé trois jours en France, en visite d’Etat, entre les 24 et les 26 mars, à l’occasion du 55ème anniversaire des relations diplomatiques entre la République française et la République Populaire de Chine. En provenance de Monaco, il a passé la soirée à côté de Nice : dîner intime avec le Président français et leurs épouses à la villa Kerylos de Beaulieu-sur-mer (06) puis soirée au Negresco à Nice. Le lendemain à Paris d’importants contrats ont été signés ; la dernière matinée a été consacrée aux discussions diplomatiques, en compagnie également de la Chancelière allemande Angela Merkel et du Président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker.



Bilan économique
 
Contrats
Source : BFM
  1. Airbus. Signature d’une commande de 300 appareils (290 A320 et 10 A350), évaluée à 30 milliards d’euros, avec le loueur chinois CAS (China Aviation Supplies), compagnie d’Etat qui centralise les achats avant de les répartir entre les différentes compagnies chinoises. C’est supérieur aux attentes qui prévoyait la vente de 184 A320 pour 16 milliards d’euros.
  2. CIC (fond souverain chinois). Constitution d’un nouveau véhicule d’investissement avec Eurazeo et BNP doté de 1 à 1,5 milliards d’euros pour investir dans les entreprises françaises (PME et ETI) qui souhaitent se développer en Chine. Chaque partenaire abondera de 350 et 450 millions d’euros au fonds nommé « Fonds Friendship ».
  3. EDF. Accord de coopération entre EDF et China Energy Investment Corporation portant sur les phases 4 et 5 du projet éolien off-shore de Dongtai (montant estimé de 1 milliard d'euros). Cet accord final entre EDF et l’énergéticien China Energy Investment Corporation (CEIC) vise la construction et l’exploitation d’un parc éolien off-shore de 502 MW au large de la province du Jiangsu.
  4. Fives. Accord stratégique entre Fives et CNBM (China National building Materials Group) sur le changement climatique et la coopération en pays tiers (montant estimé de 1 milliard d'euros). Mise en œuvre de technologies vertes permettant de réduire fortement leur consommation énergétique (grâce à des technologies innovantes mais aussi au digital). Promotion de ces solutions en Afrique, où CNBM est très présent.
  5. Mémorandum d’entente entre Quadran International, BPI France et SUS Environment (Chine), China Investment Corporation relatif au soutien par le fonds franco-chinois en marchés tiers d’une plateforme international sur les énergies renouvelables (montant estimé de 1 milliard à 1,5 milliard d'euros).
  6. CMA-CGM. Accord-cadre de coopération globale et contrat de construction entre CMA-CGM et China State Shipbulding Corporation portant sur la construction de dix nouveaux navires d’une capacité de 15.000 containers équivalent vingt pieds (EVP) (montant estimé de 1,2 milliard d'euros). Ce contrat permettra à la CMA-CGM de devenir le seul transporteur maritime à posséder des navires au gaz naturel liquéfié.
  7. Contrat entre Airbus et Twenty First Century Aerospace Technology Co. Ltd (21AT) relatif au renforcement de la coopération franco-chinoise dans le domaine des services basés sur l’imagerie satellitaire. Fourniture d’images satellitaires à très haute résolution via une constellation satellitaire d'Airbus.
  8. Mémorandum sur les cofinancements entre BNP Paribas et Bank of China (pouvant atteindre près de 6 milliards d'euros sur les trois prochaines années). Accord de coopération global à long terme pour le financement de projets en pays tiers.
  9. Accord d’investissement entre le Grand port de Marseille et Provence promotion et Quechen silicon chemical international development (montant estimé de 105 millions d'euros). Le projet d’usine européenne de production de silice destinée à l’industrie pneumatique européenne à Fos-sur-Mer porte sur une capacité de production évaluée à 400.000 tonnes/an (création à terme de plus d’une centaine d’emplois).
  10. Accord de coopération entre EDF et Huadian pour la fourniture de services énergétiques à Wuhan (montant estimé de 100 millions d'euros). Contrat pour l’exploitation d’un réseau de chauffage urbain pour 100.000 clients et d’un réseau de froid pour climatiser 500.000 m2 de bureaux.
  11. Contrat d’achat de système de contrôle environnemental pour le projet ARJ21 entre Liebherr Aerospace et COMAC (montant estimé de 41 millions d'euros). Premier contrat aéronautique majeur signé par la société française avec ses partenaires chinois.
  12. Accord de coopération stratégique entre Schneider Electric et Bank of China. Accord de coopération global à long terme pour le financement de projets en pays tiers.
  13. Accord de coopération stratégique entre Schneider Electric et Power Construction Corporation (PCC) (pouvant atteindre près de 6 milliards d'euros). Accord stratégique qui porte sur la modernisation industrielle des usines de PCC en Chine et un pays tiers (deux projets déjà identifiés en Arabie Saoudite et à Dubai).
  14. Mémorandum d’entente entre Sigfox et Digital China pour la mise en place d’une "plateforme IoT" à Changchun (Jilin).
  15. Partenariat stratégique entre Indigo et Sunsea pour développer le parking intelligent en Chine et dans d’autres pays.

Autres thématiques abordées
  • Agroalimentaire. Levée de l’embargo chinois sur la volaille française.
  • 5G. La visite à Monaco du Président Xi a permis d’entériner l’équipement exclusif de la principauté en matériel Huawei. Pas de discussions avec la France.
  • Importations. Le Président Xi a demandé à la France d’être l’invité d’honneur de la seconde foire aux importations de Shanghaï (automne 2019).
  • Spatial. Proposition de coopérations sur la future station spatiale chinoise.


  •  
    Négociations diplomatiques
                    Elles se sont tenues dans le cadre du Séminaire sino-français sur la gouvernance mondiale, auquel ont été invités le Président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker et la Chancelière allemande, Angela Merkel. Entre Français et Chinois, il y a eu consensus sur les sujets liés à des coopérations multilatérales en matière de sécurité collective (le maintien de l’accord sur le nucléaire iranien notamment), d’environnement, de santé publique, voire de développement (la coopération entre l’AFD et la Banque de développement chinoise en Afrique s’est intensifiée). Certains points font cependant l’objet d’une discussion plus tendue.
     
    Initiative des Nouvelles routes de la Soie
                    Malgré l’adhésion de l’Italie et de Monaco, la France, mais aussi l’Allemagne et la Commission européenne continuent de rester en marge. La France demande comme préalables à une participation la transparence dans les appels d’offres, le respect de normes environnementales ou financières. Elle note d’autre part que les projets de l’initiative sont verrouillés par la Chine (95% de part de marché). A ce propos, la Commission a demandé un élargissement de l’initiative à d’autres pays financeurs. L’Allemagne demande quant à elle la réciprocité dans l’ouverture commerciale avant de s’y engager. On peut cependant constater une approche plus pragmatique de la part de la France ; elle s’est entendue avec la Chine sur trois listes de projets pilotes pour investir en commun dans des pays tiers dans le cadre de l’initiative des Nouvelles routes de la Soie.

    OMC
                    La Commission européenne souhaite associer la Chine au sujet de la réforme de l’OMC, comme moyen de la responsabiliser.
     
    Environnement économique
                    Les négociations en cours depuis 7 ans entre l’UE et la Chine sur la réciprocité d’accès au marché, les secteurs stratégiques, les marchés publics ou la politique de subvention sont au point mort.  La rencontre quadripartite a permis d’évoquer les points de blocages principaux, en vue du sommet Chine-UE d’avril. Pour Merkel, l’accord sur les investissements chinois en Europe est primordial et doit être bouclé rapidement. La Commission a rappelé à la partie chinoise qu’elle est seule en charge des relations commerciales extérieures pour les Etats membres et que c’est elle qui doit piloter les négociations avec la Chine. La France a obtenu la levée de l’embargo sur la volaille, l’octroi d'agréments dans plusieurs des filières nationales et une réforme profonde en matière de zonage qui était profondément attendue.



    Commentaire
     
                    Après avoir signé des accords importants avec l’Italie, dans le cadre de l’initiative des Nouvelles routes de la Soie, puis finalisé la primauté de Huawei sur la 5G de Monaco, la Chine devait contrebalancer ces annonces perçues de manière hostile par les autorités françaises. En signe de bonne volonté, le gouvernement chinois a commandé plus d’Airbus que prévu, ce qui était aussi en lien avec les difficultés de Boeing sur le 737 max (concurrent direct de l’A320), et la volonté de mettre la pression sur le camp américain, alors que les négociations sur la guerre commerciale avec les Etats-Unis patinent encore. Des discussions pragmatiques ont eu lieu, mais dans un cadre innovant, puisqu’incluant la Commission européenne et l’Allemagne.

                    Le Président Macron a voulu signifier à la Chine que le multilatéralisme qu’elle promeut activement passe d’abord par la reconnaissance de l’UE comme interlocuteur de négociation. Cependant, on sent la difficulté pour la Chine d’appréhender cet acteur qu’il néglige depuis longtemps (avec comme symbole l’enlisement des négociations économiques menées par l’UE). On peut voir à cette situation des éléments objectifs, comme le fait que les pays européens ont des visions et des intérêts divergents sur les relations économiques à avoir avec la Chine. Ainsi Merkel craint l’échec des négociations sino-américaines, qui impacteraient ses clients chinois, quand la France y verrait plutôt l’opportunité de prendre la place des importateurs américains. Cela paralyse les décisions et empêche l’Europe d’obtenir la réciprocité qui lui serait nécessaire. Un chapitre très important va bientôt arriver avec le sommet UE-Chine d’avril 2019, en présence du Premier ministre Li Keqiang. Si des avancées décisives ne sont pas réalisées, les pays de l’UE risquent de prendre un retard important sur les concurrents américains, mais aussi chinois. En effet, des négociations sino-américaines débouchant sur un accord très favorable, laisseraient des Européens doublement défavorisés. Obtenir de meilleures conditions d’accès au marché chinois est un impératif pour augmenter de manière significative la pénétration française sur le marché chinois ; le cas échéant, la France devra mener une stratégie seule, en obtenant les agréments au cas par cas ou en négociant le respect de ses indications géographiques par exemple. On notera d’ailleurs que les dernières avancées en la matière n’ont pas été obtenues par les instances de l’UE, ainsi la levée de l’embargo sur la volaille française. Mais il est rassurant de constater une certaine convergence de vue avec la Commission qui sera en charge des négociations globales. L’ouverture de la Chine continue donc, mais le rythme est encore trop faible pour que les entreprises françaises puissent s’imposer de manière décisive.
     
     



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